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LE LETTRÉ : DÉFINITIONS ET ENJEUX


Linéaments de la figure du letrado dans la Castille du XVe siècle

Mélanie Jecker


Cet article se propose de cerner les contours d’une figure dont les chroniques castillanes du XVe siècle font bien peu de cas, mais qui, pour obscure qu’elle fût, n’en joua pas moins un rôle décisif en cette période de transition entre le Moyen Âge et l’époque moderne. Cette figure, c’est le letrado, un terme qui, à partir de cette époque, tend à désigner de plus en plus exclusivement une catégorie sociale particulière, formée à l’université avant d’investir les rouages de l’administration monarchique, mais aussi, dans une moindre mesure, les cours nobiliaires. Ces letrados exercèrent dans la Castille d’alors d’importantes fonctions politiques et culturelles – fonctions culturelles, notamment, au sens où ils furent des relais, des passeurs de textes, entre l’université d’une part, la Cour royale et les milieux nobiliaires d’autre part.

 * * *

Avant d’en venir à ces questions, j’aimerais signaler rapidement l’origine du terme « letrado » et l’évolution de ses acceptions, qui reflète celle du groupe social qu’il désigne.

Le dérivé castillan du terme latin « litteratus », « letrado », semble être apparu au XIIIe siècle, avec le même sens que le mot latin – il désigne donc l’homme instruit, savant, docte.

Au XIIIe siècle, on le trouve chez le poète Gonzalo de Berceo, puis dans les Sept Parties (Siete Partidas), code juridique élaboré sous la direction du roi Alphonse X de Castille, dit « le Sage ».

Au siècle suivant, il apparaît dans le Libro de Buen amor de l’archiprêtre de Hita (1343) : « a los pobres dezían que non eran letrados1 » (strophe 495 d).

Vers le milieu du XVe siècle, c’est aussi en ce sens que l’emploient Alfonso de Madrigal et Fernán Pérez de Guzmán. On peut lire dans le Sobre Eusebio d’Alfonso de Madrigal (1445-1455) : « varón letrado e de buena elocuencia ». De même, dans son opuscule Generaciones y semblanzas, une collection de portraits d’hommes illustres, Fernán Pérez de Guzmán décrit l’un d’eux en ces termes : « fue onbre […] non muy bien letrado, mas astuto e cabteloso »2.

À la fin du XVe siècle, c’est toujours ce sens du terme « letrado », identique au sens de son étymon latin, qui apparaît sous la plume de l’humaniste et chroniqueur Alfonso de Palencia dans son Universal vocabulario en latín y en romance (Séville, 1490), dictionnaire bilingue latin/castillan : à l’entrée « letra » (« littera »), il explique ainsi :

Dizimos letras a las sciençias y enseñanças o doctrinas […] e letrado el enseñado en las letras e lleno dellas.
Litterae dicuntur scientiae, doctrinae, eruditio […] Litteratus vero litteras doctus et litteris plenus3.

Jusqu’ici, rien de très surprenant.

En revanche, quelques années plus tard, Antonio de Nebrija, auteur de la première grammaire de la langue espagnole (1492), distingue dans son dictionnaire bilingue castillan/latin – Dictionarium ex hispaniensi in latinum sermonem, plus connu sous le titre Vocabulario hispano-latino (Salamanque, 1495) – plusieurs acceptions du terme « letrado », et donc plusieurs équivalents latins :

Letrado (ombre sabido) = litteratus, a, um
Letrado (tal en griego) = grammaticus
Letrado malo = litterator, oris
Letrado (bueno en derechos) = iurisconsultus
Letrado (malo en derechos) = leguleus, i4.

Dans ces deux dernières acceptions, traduites par iurisconsultus et leguleus, le terme « letrado » signale la possession d’un savoir juridique, d’une connaissance du droit – connaissance réelle, iurisconsultus, ou seulement apparente ou feinte, leguleus5.

Nebrija, on le voit, prend soin de discriminer les bons et les mauvais letrados, distinguant sa propre catégorie – celle de l’humaniste, le « grammaticus » – du tout venant des plumitifs qui peuplaient les divers échelons de l’administration du royaume.

En signalant ces deux acceptions du terme – iurisconsultus et leguleus –, Antonio de Nebrija reflète en effet dans son dictionnaire l’affirmation sociale et politique d’un groupe qui n’est pas nouveau en Castille, mais dont le poids dans l’administration royale s’est considérablement renforcé sous les Rois Catholiques.

En 1480, lors des cortes de Tolède, Isabelle la Catholique modifie la composition de son Conseil Royal :

Ordenamos e mandamos que en el nuestro Consejo entren e residan de aquí adelante un perlado e tres caballeros e fasta ocho o nueve letrados6 .

Le profil de ces letrados est précisé dans une loi – « Provisión Real » – de 1493 : ils devront avoir plus de 26 ans et avoir obtenu le titre de docteur en droit civil et droit canon, « in utroque iure », ceci afin que

sean suficientes como deben e sean buenos letrados, para que después gobiernen e rijan como deben los oficios de justicia e cargos que por nos les fueren encomendados7.

Quel est exactement le profil de ces « letrados » devenus, au cours des deux derniers siècles du Moyen Âge, des figures clés au sein des institutions monarchiques ?

Dès la première moitié du XVe siècle, l’immense majorité des letrados employés au service de la couronne sortent de l’université de Salamanque, or celle-ci a reçu en 1422 de nouveaux statuts précisant les parcours et programmes8 : avant d’entrer à la Faculté de Droit où ils passeront cinq années, les futurs juristes devront s’être formés pendant trois ans à la Faculté des Arts, ce qui signifie désormais qu’ils auront étudié non seulement les arts libéraux, mais aussi les textes éthiques et politiques d’Aristote – il s’agit en effet de la principale nouveauté des statuts de 1422, en ce qui concerne les programmes de la Faculté des Arts.

C’est justement à ce passage par la Faculté des Arts que renvoie d’abord le terme « letrado » : si ces juristes sont qualifiés de tels, c’est parce qu’avant de faire leur droit, ils ont étudié les arts libéraux – à savoir, les disciplines du trivium et du quadrivium – ainsi que la philosophie morale et politique d’Aristote. Seulement, étant donné que la grande majorité des bacheliers ès Arts poursuivaient ensuite leurs études à la Faculté de Droit, le terme « letrado » a fini par désigner les docteurs en Droit, qui l’auraient comme confisqué à leur profit. L’évolution des acceptions du terme « letrado » reflète ainsi le bouleversement du paysage universitaire castillan au XVe siècle : le mot continue de signifier l’instruction, mais il renvoie de plus en plus exclusivement à la formation universitaire, en particulier à celle dispensée à la Faculté de Droit, si bien que le terme « letrado », sans autres précisions, finit par désigner les juristes, dès la fin du XVe siècle.

Cette évolution sémantique est confirmée par les dictionnaires de l’époque moderne. On lit ainsi dans le Tesoro de la lengua castellana (1611) de Sebastián de Covarrubias Orozco : « Letrado, el que profesa letras, y hanse alzado con este nombre los juristas abogados9 ». Un siècle plus tard, dans le Diccionario de autoridades publié par l’Académie espagnole (1726-1739), le lecteur trouve deux entrées pour « letrado ». L’une est en majuscules : « LETRADO : el docto en las ciencias ; que porque estas se llamaron letras, se le dio este nombre. Viene del latino literatus, que significa lo mismo ». L’autre en minuscules : « Letrado : se llama comunmente al Abogado. Lat. Iurisperitus, causidicus »10.

Je m’en tiendrai ici à cette figure du letrado comme celui qui a fait son droit – ou plutôt ses deux droits, « utraque iura » –, et je m’intéresserai en particulier à ceux qui s’imposèrent comme des rouages indispensables au sein de l’administration monarchique.

Trois facteurs expliquent cette ascension des letrados au sein de l’administration royale castillane entre la fin du XIVe et la fin du XVe siècle. Ces facteurs peuvent être formulés en termes d’offre et de demande, les deux aspects étant bien sûr étroitement corrélés. Du côté de l’offre, il faut rappeler l’essor des universités, en particulier celle de Salamanque, qui forme quantité de letrados dès le début du XVe siècle. Du côté de la demande, on trouve l’aspiration de la royauté castillane à bâtir un État plus centralisé et plus efficace, qui annonce l’État monarchique de l’époque moderne : on assiste ainsi à la fin du XIVe siècle à la création d’institutions nouvelles, comme le Conseil Royal, institutions au sein desquelles les letrados seront de plus en plus nombreux au cours du XVe siècle11. Du côté de la demande toujours, rappelons que ce XVe siècle qui voit s’affirmer la figure du letrado est une période extrêmement troublée, marquée par une série de révoltes nobiliaires ; dans un tel contexte, les souverains successifs ont besoin d’un personnel fidèle, de collaborateurs loyaux ; ils choisissent donc de promouvoir, aux dépens d’une noblesse indocile et turbulente, le groupe des letrados, lesquels, étant souvent d’origine assez modeste, doivent aux seuls souverains leur ascension sociale12.

Ainsi, tout au long du siècle, les anciennes logiques féodales ou néo-féodales s’effacent progressivement tandis que l’État monarchique moderne prend forme. Dans ce processus, les letrados jouèrent un rôle décisif, en contribuant, grâce à leur savoir juridique, à l’élaboration d’un discours absolutiste, à la conception d’un appareil théorique dont la notion centrale était le pouvoir absolu du souverain, « poderío absoluto »13.

À côté de cette fonction juridique et politique, la collaboration des letrados au projet absolutiste des monarques castillans comprenait aussi un volet culturel, ces deux aspects étant bien sûr complémentaires. Qu’il s’agisse du roi Jean II au début du XVe siècle, ou des Rois Catholiques à la charnière du XVe et du XVIe siècle, leur règne témoigne à la fois d’efforts destinés à asseoir l’autorité monarchique et d’un vif intérêt des souverains pour le savoir et les textes – ceux de l’Antiquité classique, mais aussi les œuvres contemporaines des humanistes toscans –, d’où de nombreuses commandes royales de traductions castillanes.

Or, les premiers acteurs de cette transmission des sources classiques et humanistes au sein des cercles royaux furent précisément d’obscurs letrados. C’est leur qualité de « lettrés » au sens premier du terme qui leur permettait de s’acquitter de cette tâche : ils étaient aptes à transmettre ces sources parce qu’ils étaient passés par la Faculté des Arts où ils avaient étudié les arts du langage – le trivium – ainsi que la philosophie éthique et politique d’Aristote. À côté des grands noms d’ordinaire associés à ce mouvement, comme Alfonso de Madrigal ou Rodrigo Sánchez de Arévalo, les letrados ont donc joué un rôle extrêmement important dans ce qui a été qualifié de « pré-humanisme » castillan.

J’aimerais donner un exemple de ce travail de transmission : il s’agit de la traduction castillane de l’Isagogicon moralis disciplinae de l’humaniste florentin Leonardo Bruni, un résumé de l’Éthique d’Aristote. Probablement réalisée vers 1440 pour le roi Jean II, cette traduction est intéressante parce que le traducteur anonyme a ajouté plusieurs incises destinées à éclairer le texte original. Ainsi, il explique à propos de la vertu de prudence : « El consejo e la ellecçion son de la prudençia, que es llamada en nuestra lengua cordura »14. On observe ici un souci de transmettre la doctrine d’Aristote dans une langue castillane claire et naturelle, un souci pédagogique donc, mais l’intention du traducteur est aussi politique, car cette incise permet de faire le lien entre la prudence telle que la définit Aristote, première vertu du gouvernant et du législateur, et la cordura, définie comme l’une des principales vertus royales dans une source essentielle pour l’entourage de Jean II, à savoir les Sept Parties d’Alphonse le Sage. Cette simple incise jette donc un pont entre la Castille de Jean II et celle du roi Sage, et renforce aussi la vertu de prudençia, car la cordura des Sept Parties s’adosse aux savoirs théoriques, aux sciences, tandis que la prudence d’Aristote, qui en est coupée, pouvait apparaître comme une vertu plus tâtonnante.

Une autre incise explicative ajoutée par le traducteur concerne précisément la vertu intellectuelle de science :

Mas las virtudes del entendimiento son çinco, es a saber, sapiençia, que se dize de las cosas de Dios, e çiençia, que se dize de las cosas humanas, e otrossí prudençia e intelligençia e arte15.

Cette explication concernant la science n’est pas conforme à la doctrine d’Aristote, lequel précise bien dans l’Éthique que la science porte uniquement sur des objets éternels et immuables, ce qui lui permet d’atteindre la certitude, et non sur le domaine mobile et contingent des actes humains. Or, dans ces mêmes années, le monarque castillan revendique dans ses ordonnances une « science certaine » (« ciencia cierta ») qui justifie sa prétention à exercer un pouvoir absolu dans le domaine législatif (« poderío absoluto »)16.

Ces deux exemples permettent d’observer dans cette traduction, jusqu’à un certain point, le souci de rendre accessible la doctrine d’Aristote, de l’acculturer à travers certains choix de traduction en langue castillane. Toutefois, le letrado n’est pas ici celui qui chercherait à restituer fidèlement le sens originel du texte, puisqu’il n’hésite pas à y introduire des modifications afin de mettre cette source au service d’une démonstration implicite, de nature politique, ceci précisément parce que ce sont les mêmes letrados qui sont alors les petites mains du projet culturel de Jean II et qui contribuent, comme juristes cette fois, à l’élaboration d’un discours de légitimation de l’autorité royale. Les formes que prend sous leur plume la transmission des auctoritates classiques épousent les intérêts de leur auguste commanditaire.

Tel est le cas des letrados employés par la Couronne, mais nombre de letrados de même profil travaillaient alors au service des grands lignages nobiliaires de Castille, dont les cours émulaient la cour royale. Le célèbre marquis de Santillane se constitua ainsi une bibliothèque comparable à celle du roi, et employa des letrados formés à l’université, qui officièrent chez lui comme juristes, copistes et traducteurs. L’un de ces copistes était un certain Fernandus Gutierrez de Cardoso, bachelier ès arts. Vers le milieu du XVe siècle, il copia pour le marquis ou pour l’un de ses proches un ensemble de textes de vulgarisation de la philosophie éthique aristotélicienne, à savoir, une table alphabétique des notions définies dans l’Éthique, un résumé de l’oeuvre, ou encore un schéma des vertus cardinales, autrement dit, des « instruments de travail » initialement conçus pour les étudiants de la Faculté des Arts17. En constituant cette compilation, ce copiste transmit donc sous une forme simplifiée un ensemble de contenus universitaires à l’entourage du marquis de Santillane18.

J’aimerais mentionner un autre exemple, celui d’une série de citations copiées sur les feuillets d’un manuscrit appartenant également à la bibliothèque du marquis de Santillane19. Parmi ces citations, plusieurs proviennent de l’Éthique et de la Politique d’Aristote. Elles apparaissent ici d’abord en latin, puis en castillan. Celui qui les a copiées a probablement étudié à la Faculté des Arts – rappelons que ces deux œuvres d’Aristote étaient au programme de ce premier cycle universitaire –, mais il les transcrit ici pour un destinataire qui ne maîtrise pas le latin. Peut-être a-t-il copié ces citations dans le dessein de constituer un florilège pour ce lecteur, or il semble que l’un des critères qui a présidé à la sélection des citations soit politique : considérées dans leur ensemble, elles suggèrent en effet un raisonnement en faveur d’une monarchie de type néo-féodal, où le roi, simple « primus inter pares », partagerait le pouvoir avec les grands nobles du royaume. Un modèle politique fort éloigné de celui que Jean II de Castille cherchait alors à imposer – en s’appuyant lui aussi sur des collaborateurs lettrés –, mais qui pouvait en revanche agréer au marquis de Santillane.

Ces deux exemples permettent d’observer le rôle des letrados dans l’élaboration d’outils de vulgarisation rendant accessibles à des lectorats extra-universitaires les sources commentées à la Faculté des Arts.

* * *

J’espère que ces quelques pages auront mis en lumière l’importance de la fonction à la fois culturelle et politique de ces figures invisibles que sont les letrados, en particulier leur contribution décisive au processus de réception et de transmission de la philosophie morale et politique d’Aristote dans la Castille du XVe siècle.

 

 

1Toutes les citations de cet article ont été traduites par mes soins. Ici, « Aux pauvres, on expliquait qu’ils ne pouvaient pas accéder au statut ecclésiastique sous prétexte qu’ils n’étaient pas lettrés ». Archiprêtre de Hita, Libro de buen amor, G. B. Gybbon-Monypenny (éd.), Madrid, Castalia, 1988.

2« Ce fut un homme assez peu lettré, mais astucieux et rusé ». Voir Martín Alonso Pedraz, Diccionario medieval español, Salamanque, Universidad Pontificia, 1986.

3« Nous appelons “lettres” les sciences et les enseignements ou doctrines […] et “lettré” celui qui les a apprises et les possède ». Alfonso de Palencia, Universal vocabulario en latín y en romance, Séville, 1490, sans foliotation.

4« Lettré (homme savant) : litteratus ; lettré (celui qui connaît le grec) : grammaticus ; mauvais lettré : litterator ; lettré (bon en droit) : iurisconsultus ; lettré (mauvais en droit) : leguleus ». Voir l’édition critique de Monica Vidal Díez, El Vocabulario hispano-latino (1513) de AE. A. de Nebrija : estudio y edición crítica, La Corogne, Université, 2015.

5Ce lien entre le terme letrado et le droit n’apparaissait pas auparavant. Ainsi, dans les Sept Parties (Siete Partidas), le mot « letradura » signifie l’érudition que doivent posséder les clercs ; quant aux juristes du roi, particulièrement honorés à la cour du roi Sage, c’est l’expression « sabidores de derecho » ou « maestros de leyes » qui les désigne. De même, au XVe siècle, Alfonso de Palencia expliquait, à l’entrée « ius, iuris » de son Universal vocabulario : « dende viene “iurisperito” e “iurisconsulto”, el que sabiendo bien los derechos, puede bien consultar, qué se deva fazer » (« de ce mot « ius » vient le mot « iurisperitus » et « jurisconsultus », à savoir, celui qui sait ce qu’il faut faire grâce à sa connaissance du droit ») ; Palencia ne propose pas ici le mot « letrado » comme synonyme de « iurisconsulto ».

6« Nous ordonnons que siègent désormais dans notre Conseil un prélat, trois nobles, et jusqu’à huit ou neuf lettrés ». Cité par Ana María Carabias Torres, « Colegios mayores y letrados: 1406-1516 », in : La primera escuela de Salamanca (1406-1516), Cirilo Flórez Miguel, Maximiliano Hernández Marcos et Roberto Albares Albares (dir.), Salamanque, Ediciones Universidad de Salamanca, 2012, p. 15-34, ici p. 23.

7« … qu’ils soient compétents et qu’ils soient de bons juristes, afin de pouvoir gouverner et rendre la justice comme ils le doivent ». Cité dans ibid., p. 25.

8Voir Enrique Esperabé de Arteaga, Historia pragmática e interna de la universidad de Salamanca, Salamanque, Francisco Núñez Izquierdo, 1914, vol. 1, p. 55 et suivantes.

9« Lettré, celui qui professe les lettres ; les juristes avocats ont accaparé ce nom à leur profit », Sebastián de Covarrubias Orozco, Tesoro de la lengua castellana, Madrid, chez Luis Sánchez, 1611, f. 522 v. On sent poindre une certaine hostilité de Covarrubias à l’égard de ce groupe…

10« LETTRÉ : celui qui est docte dans les sciences ; ainsi nommé parce que celles-ci étaient appelées “lettres”. Vient du latin litteratus, qui signifie la même chose » et « Lettré : nom communément donné aux avocats. Du latin iurisperitus ». Voir Diccionario de autoridades, Madrid, Real Academia Española, tome IV, 1734.

11Voir Ana María Carabias Torres, art. cit., p. 19-22. Elle y définit le letrado comme « jurista que, en función de su formación y de otras circunstancias, sería elegido por el rey como colaborador en los ámbitos político y judicial » (un juriste que le roi choisit comme collaborateur politique et juridique en raison de sa formation et d’autres circonstances).

12Les letrados tendent ainsi à se substituer progressivement aux nobles, un processus particulièrement net sous les Rois Catholiques : non seulement les letrados occupent tous types de postes au sein des institutions monarchiques, mais ils sont également les relais du pouvoir royal dans les villes du royaume, où ils occupent souvent la fonction de corregidor. C’est ce que rappelle l’un de ces letrados, Alonso Martínez de Villaescusa, corregidor de Valladolid, dans son traité Espejo de corregidores (1493), où il félicite les Rois Catholiques d’avoir promu les letrados en lieu et place des nobles : puisque les souverains ne peuvent être présents partout dans leur royaume, « mandan buscar por los estudios generales de vuestros reynos y señorios y por las çibdades e villas y provinçias los mejores letrados que pueden aver para que la justiçia sea administrada a todos en ygualdad » (les rois envoient chercher dans les studia generalia et dans les provinces et villes de leur royaume les meilleurs lettrés, pour que la justice soit rendue à tous de manière égale). Localement, les monarques confient leur tâche à de loyaux représentants, « un docto o liçençiado o otro letrado o cavallero de armas » : notons ici l’ordre d’apparition de deux profils possibles : le juriste frais émoulu de l’université salmantine, « docto o liçençiado o otro letrado », et le noble, « cavallero de armas ». Ce traité de Villaescusa est conservé dans le manuscrit 154 de la Bibliothèque Historique Marqués de Valdecilla de l’université Complutense de Madrid. Ces deux passages apparaissent respectivement au folio 3v et au folio 7r. L’université médiévale castillane fut bel et bien le lieu d’une promotion sociale, bien qu’il faille nuancer cette affirmation dans la mesure où les fils de familles nobles furent eux-mêmes de plus en plus nombreux à étudier à l’université.

13Voir José Manuel Nieto Soria, « La nobleza y el “poderío real absoluto” en la Castilla del siglo XV », Cahiers de linguistique et de civilisation hispaniques médiévales, 25, 2002, p. 237-254.

14« La délibération et le choix relèvent de la vertu de prudence, que nous appelons en castillan sagesse (cordura) ». Le manuscrit qui conserve cette traduction castillane est le n° 10212 de la Biblioteca Nacional de España. Montserrat Jiménez San Cristóbal a édité les deux traductions castillanes médiévales de l’Isagogicon moralis disciplinae dans sa thèse, soutenue en 2010 à l’Université Complutense de Madrid : El Isagogicon moralis disciplinae de Leonardo Bruni y sus versiones castellanas. Ce passage apparaît à la page 546.

15« Les vertus intellectuelles sont cinq, à savoir la sagesse, qui concerne les choses de Dieu, la science, qui concerne les choses humaines, et aussi la prudence, l’intellect et la technique ». Ibid., p. 522.

16Voir José Manuel Nieto Soria, art. cit..

17L’expression « instruments de travail » est employée par Jacqueline Hamesse pour désigner ce type d’ouvrages de seconde main. Voir par exemple son article « Les florilèges philosophiques, instruments de travail des intellectuels à la fin du moyen âge et à la Renaissance », in Filosofia e Teologia nel Trecento. Studi in ricordo di Eugenio Randi, Luca Bianchi (dir.), Louvain-la-Neuve, F.I.D.E.M., « Textes et études du moyen âge », 1994, p. 479-508.

18Il s’agit du manuscrit 10269 de la Biblioteca Nacional de España. La plupart des manuscrits de la BNE ont été numérisés et peuvent être consultés sur le site internet. À partir de la page « catálogo general », il faut choisir « búsqueda por signatura », puis entrer la cote du manuscrit précédée de « MSS/ », ici MSS/10269. Ensuite, le manuscrit est visible dans la « Biblioteca Digital Hispánica ». Le schéma des vertus cardinales correspond à l’image 89.

19Il s’agit du manuscrit 10268 de la Biblioteca Nacional de España. Sur le site de la BNE, dans la Biblioteca Digital Hispánica, ces citations apparaissent de l’image 4 à l’image 8, puis de l’image 240 à 245.



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- Auteur : Mélanie Jecker
- Titre : Linéaments de la figure du letrado dans la Castille du XVe siècle
- Date de publication : 22-11-2017
- Publication : Revue Silène. Centre de recherches en littérature et poétique comparées de Paris Ouest-Nanterre-La Défense
- Adresse originale (URL) : http://www.revue-silene.comf/index.php?sp=comm&comm_id=200
- ISSN 2105-2816