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L’ESPRIT LATIN SOUFFLE-T-IL ENCORE SUR LA PENSEÉ ?

Colloque international

Université Paris Ouest-Nanterre-La Défense - 20 & 21 janvier 2011
Organisateurs : Organisateur : Camille Dumoulié

Comité scientifique : Silvia Contarini, Camille Dumoulié, Véronique Gély, Jean-Marc Moura, Liliane Picciola, Christelle Veillard, Anne Videau.



A l’instar du précédent colloque : La notion de latinité dans les Lettres francophones, hispanophones, italophones et lusophones (http://www.revue-silene.com/f/index.php?sp=colloque&colloque_id=9), celui-ci s’inscrit dans le cadre d’une recherche spécifique consacrée à la question de la Latinité aujourd’hui, envisagée comme un espace transculturel dans un monde globalisé, projet lui-même intégré au Pôle de recherches « Tout-Monde », qui réunit philosophes, littéraires, linguistes, enseignants d’Art du spectacle, de langues et littératures étrangères, de l’Université Paris Ouest-Nanterre-La Défense, mais qui accueille aussi les contributions de tous les chercheurs intéressés par les mêmes problématiques.
Le propos était de s’interroger sur l’existence d’une spécificité de l’esprit latin — qui se caractériserait par des figures du discours, un style de pensée, des personnages conceptuels, des configurations idéologiques, des formes littéraires et philosophiques, des lieux communs de l’esprit —, ainsi que sur la permanence de cet esprit, ses variations et ses invariants, dans l’histoire des idées. Quelle fonction peut avoir, dans la pensée moderne et contemporaine, la référence à un caractère latin de l’esprit ? Qu’est-il arrivé au « pneuma » lorsqu’il est devenu « spiritus » ? Quelle variation apporte à la philosophie ou aux sciences humaines le fait de s’écrire dans des langues néolatines ? Mais aussi, quelle charge idéologique transporte avec lui le concept de latinité ?
Comme le disait Nietzsche, l’esprit est cruel et rusé, espiègle et moqueur. C’est pourquoi il faut l’aborder avec l’humour qui convient et que laisse entendre le titre de ce colloque. D’autant que poser la question d’une « identité » de l’esprit risque de conduire aux pires déconvenues, voire au ridicule. L’esprit a pourtant pris, tout au long de son histoire et de ses migrations, des accents et des visages qui le singularisent et dont l’écho ou les traits se retrouvent dans ses manifestations les plus contemporaines. Pour se poser avec humour, la question de la survie de l’esprit latin n’est pas ironique, car elle porte avec elle une bonne part de la vie de l’esprit et de son devenir. En témoigne la parution récente de l’ouvrage collectif dirigé par Hubert Aupetit et Cécilia Suzzoni, Sans le latin (Mille et une Nuits, 2012), dont les auteurs, qu’il s’agisse d’Yves Bonnefoy, de Michel Deguy, de Jacquie Pigeaud, de Rémi Brague, entre autres, rappellent les enjeux vitaux pour la pensée, la culture, l’Europe et l’esprit démocratique, qui sont attachés à la « survie » du latin, et ce, au-delà de la question de son caractère essentiel pour l’avenir de la langue française.
Ces mêmes problématiques se retrouvent dans les textes qui suivent. Le premier ensemble porte sur les liens étroits qui unissent le poétique et le politique. L’esprit s’incarne dans une langue qui, bien que morte, parle toujours au cœur du français comme des autres langues latines, assurant ainsi les diverses déclinaisons de l’esprit latin. Rendre au latin « son aura », selon l’expression de Cécilia Suzzoni, ne répond pas au désir de sauver une culture archaïque ou élitiste, même si l’enjeu est bien celui d’un certain « grand style » de pensée et de vie en commun. Et c’est bien en termes de flux et de devenirs que Marc Bubert dessine une cartographie de l’esprit gréco-latin dont il montre qu’il fonde une « communauté imaginée » et qu’il constitue « un réservoir de pensée potentielle ». De même, au-delà de l’anecdote, le recours à un adage dantesque dans l’Italie contemporaine a, selon Alessandro Benucci, fonction de résistance politique. La défense du latin peut néanmoins toujours servir des idéologiques réactionnaires et identitaires ; curieusement, mais Marie-Pierre Harder explique bien pourquoi, c’est l’Allemagne qui, ces dernières années, en a offert une singulière illustration.
A travers Nietzsche, Valéry, Curtius et jusqu’aux penseurs contemporains, une communauté de destin s’affirme entre l’esprit latin et l’esprit européen. En période de crise de l’Europe, il est toujours un recours, parfois paradoxal, comme chez les écrivains allemands étudiés par Charles Brion ou chez Nietzsche lui-même, dont Brigitte Krulic analyse le tropisme latin, parfois idéologique, comme dans le rêve partagé, entre la France et l’Italie, d’une « renaissance latine » de l’Europe, dont Christophe Poupault retrace l’histoire de 1915 à 1940.
Enfin, à travers la littérature, par-delà l’écho de la langue latine et la spiritualité propre à la latinité, l’esprit s’incarne. Dans la chair des mots s’inscrivent des affects, s’exprime une sensibilité, se perpétue une vision du monde toujours prégnante. La permanence du concept d’acédie qui, selon Mathilde Branthomme, invite par sa « force littéraire » à renouveler, aujourd’hui, « la pensée du deuil » ; la volonté de Camus d’écrire une tragédie latine dont Liliane Picciola montre que, loin d’être la mise en forme théâtrale d’idées philosophiques, elle répond à l’expression d’un « plaisir émotionnel » et au désir de « toucher » qui est celui-là même de la tragédie de la passion et de la violence héritée des Grecs et de Sénèque ; le souci de Claude Simon de « revenir aux choses latines mêmes », dont Anne-Yvonne Julien révèle toute la signification littéraire, sont autant de manifestations de cette incarnation de l’esprit latin dans la lettre vivante des textes contemporains. Un des exemples les plus singuliers de cette rencontre de l’esprit et de la lettre est fourni par Soufian Al Karjousli qui étudie l’influence de la langue et de l’esprit latin sur les concepts coraniques.    
Mais que d’expressions de l’esprit latin auraient pu être étudiées, toujours vivant à travers les diverses formes de cultures, de pratiques corporelles, de danse, de musique, de cuisine – et d’érotisme ; car rien n’est plus spirituel que l’érotisme !
Ce sera l’objet d’un prochain colloque. 

Camille Dumoulié



I - POÉTIQUE ET POLITIQUE DU LATIN
L’esprit gréco-latin : comment transmettre la participation à une « communauté imaginée » ?
  Marc Bubert, Professeur certifié de Lettres classiques
De l’aura spécifique du latin chez quelques écrivains contemporains
  Cécilia Suzzoni, Lycée Henri IV
Nomina sunt consequentia rerum (Vita Nova, XIII, 4) : que reste-t-il de l’adage dantesque dans l’Italie contemporaine ?
  Alessandro Benucci, Université de Paris Ouest-Nanterre-La Défense
L’allemand est mort, vive le latin ? Discours sur le latin, politique de la langue et hégémonie culturelle dans l’Allemagne contemporaine
  Marie-Pierre Harder, Université de Paris-Sorbonne (Paris IV)

II – ESPRIT LATIN ET ESPRIT EUROPÉEN
Nietzsche : une crise latine de la pensée allemande ?
  Brigitte Krulic, Université de Paris Ouest-Nanterre-La Défense
L’esprit latin dans la littérature allemande moderne (de Goethe à Thomas Mann) : raison(s) d’être et déclinaison d’une fascination
  Charles Brion, Université de La Rochelle
L’esprit latin à l’épreuve des relations internationales. Renaissance latine et espoir d’alliance franco-italienne (1915-1940)
  Christophe Poupault, Université d’Aix-Marseille

III – L’ESPRIT ET LA LETTRE
Acedia : le souffle creux de l’esprit
  Mathilde Branthomme, Centre for the Study of Theory and Cristicism The University of Western Ontario
Albert Camus et la dramaturgie de l’inquiétude latine : Caligula
  Liliane Picciola, Université de Paris Ouest-Nanterre-La Défense
Claude Simon, le retour aux choses latines mêmes
  Anne-Yvonne Julien, Université de Poitiers
L’influence de la langue et de l’esprit latins sur le texte coranique
  Al Karjousli Soufian, SUPELEC, Rennes
L’esprit latin au cœur de la langue arabe et du Coran
  Al Karjousli Soufian, SUPELEC, Rennes